Ry3YCIfy9O3dspN4I24zAl5DW-JZYBeoad6ke96nn-0

1.1. LE MANAGEMENT DANS L’HISTOIRE

L’histoire du management, notre histoire a un grand impact sur nous, et la comprendre peut nous être très utile. Pour que vous compreniez comment et pourquoi notre monde actuel est tel qu’il est, regardez l’histoire, vous y trouverez des réponses.

Le management daterait de plus de 40 siècles lorsque les pharaons ont érigé les fameuses pyramides d’Égypte. On estime que quelques 20.000 hommes ont dû tailler, transporter, hisser à la force des bras, plus de 2,5 Millions de blocs de pierre représentant chacun quelques 2 tonnes en moyenne sur une distance avoisinant les 150 mètres et sur des pentes incroyables de 20%. On imagine aisément (peut-être pas aussi aisément) l’organisation et la coordination qu’il a fallu mettre en place. Kurk Mendelssohn, un mathématicien et physicien américain pensait qu’il y avait près de 50.000 hommes impliqués dans la construction de la Grande Pyramide de Gizeh sur la base des calculs nécessaires pour déplacer une telle masse donnée sur une telle distance et avec telle dénivelée.

Non ! Le management n’est pas né hier. Ni même au cours du dernier siècle. Bien sûr, la nécessité d’une étude systématique de la gestion ne s’est réellement réalisée qu’au début du 20eme siècle et l’étude de la gestion en tant que discipline distincte est un produit du 20eme siècle. Toutefois, la pratique de gestion sous certaines formes existait chez les humains dans les premières générations. En fait, la «gestion» est aussi vieille que la civilisation humaine elle-même. Mais le besoin d’étudier la gestion et de développer les théories est relativement nouveau.

Si l’on excepte la perspective économique, il devient vite évident que le management voit son origine au tout début de l’humanité. Dès le début, le facteur souvent appelé « connaissance » dans toutes ses dérivations, telles que le savoir-faire, la compétence ou l’expertise, a joué un rôle important.

Lorsqu’on parle des origines et de l’évolution constante de la gestion, il est possible de comprendre comment elle s’est développée avec l’évolution de l’homme; car depuis sa création, il a eu le besoin de penser, organiser, décider et exécuter ses plans pour satisfaire ses besoins.

PAROLES D’EXPERT

L’art de l’administration est aussi vieux que la race humaine » écrivait Edward D. Jones en 1912. Thomas North Whitehead pensait que « la structure apparaît dès que les gens commencent à faire quelque chose ensemble ». Harrington Emerson, Lyndall Urwick et James Mooney, entre autres, pensaient que les racines de la gestion et de l’administration pouvaient être retracées jusqu’au début de la civilisation. De même, les théories et systèmes modernes de gestion trouvent leurs racines dans une « réflexion sur la gestion » beaucoup plus ancienne. Les deux ne peuvent être séparés, non sans risque de créer un fossé artificiel. Le fait est que, pratiquement depuis le début de la civilisation, les gens écrivent et réfléchissent aux problèmes de management et à la manière de les résoudre. (Traduction libre)

Morgen Witzel – A History of Management Thought. Ed. Routledge ; 2e édition. 2016

Le management est une longue histoire. La gestion est présente depuis fort longtemps. Les gens forment, reforment et déforment des organisations depuis de nombreux siècles. Le management n’est pas une invention du 19eme ou du 20eme siècle. Lors de l’examen du l’histoire de l’humanité, la trace des peuples qui ont travaillé ensemble dans des organisations formelles est fréquente.

Les Sumériens, Égyptiens, Babyloniens, Chinois, Grecs ou Romains se sont posés les éternelles questions de management : comment répartir les activités, faut-il beaucoup spécialiser ou pas, faut-il des structures plates ou hiérarchisées, des contrôles détaillés ou globaux, etc. ?  Des gens ont également écrit sur la façon de rendre les organisations efficaces,  bien avant que des termes tels que «gestion » ou « management» ne soient d’un usage commun.

De 3000 avant JC à 150 après JC, de nombreuses civilisations contribuent au développement de la société humaine que nous connaissons aujourd’hui. La gestion fait sans aucun doute partie de la société, elle est universelle dans la société.

Constructions des pyramides d’Egypte

Un bref survol montre que :

  • La civilisation sumérienne a introduit des règles et des règlements écrits pour la gouvernance.
  • Les Égyptiens ont utilisé des pratiques de gestion pour édifier des pyramides.
  • Les Babyloniens ont utilisé un important ensemble de lois et de politiques de gouvernance.
  • Les Grecs ont utilisé différents systèmes pour la gestion des villes et les États
  • La civilisation chinoise a imaginé une structure d’organisation pour la communication et le contrôle.
  • Les Romains utilisèrent une structure organisationnelle étendue pour les agences gouvernementales et les arts.
  • Les Vénitiens ont utilisé des concepts d’organisation et de planification pour contrôler les mers.

Mais, en réalité, seules l’économie commerciale et l’émergence de sociétés de négoce à la fin du Moyen Âge et au début de la période moderne ont conduit aux premiers travaux d’une théorie de la gestion systématique, orientée vers la décision et rationnelle.

Je n’ai pas peur d’une armée de lions dirigée par un mouton, j’ai peur d’une armée de moutons dirigée par un lion. 

Alexandre le Grand

Alexandre le Grand, employait du personnel pour organiser et coordonner les activités pendant la campagne militaire.

L’Empire romain a développé une structure organisationnelle bien définie qui a grandement facilité la communication et le contrôle.

Columella (environ 4-70 après J.-C.) a écrit un premier ouvrage systématique sur la gestion rationnelle en s’aidant de l’exemple d’une ferme. À l’aide de l’exemple d’une grande entreprise agricole, il a développé des exemples d’optimisation de calcul pour l’utilisation de facteurs de production, prenant en compte des exemples concrets de coûts et de rendements, et donc une théorie décisionnelle de type idéal pour une gestion orientée vers le profit, c’est-à-dire rationnelle.

Al-farabi a déjà énuméré plusieurs traits de leadership en 900 après JC.

Sur un plan plus managérial, l’exemple des pharaons à travers la construction des pyramides ou encore, les romains qui ont compensé leur position désavantageuse par rapport à leur rivaux carthaginois;  essentiellement par leur haut niveau d’éducation scientifique et une meilleure expérience. De nos jours encore, leurs routes et viaducs par exemple attestent d’une gestion à tout le moins judicieuse.

Sans des compétences de gestion avérées, ces réalisations auraient été aussi impossibles que l’expansion et la modernisation de l’empire Inca au 15ème siècle. Même les dirigeants de ce peuple ont compris que leur immense empire, qui comptait six millions d’habitants à son apogée, repose sur une bonne communication et une bonne logistique.

Le système de gestion normalisé introduit par les Incas a anticipé le système décimal actuel. Leur réseau routier de quelques 40.000 kilomètres révélait un système complexe d’administration, de transport et de communication, construit et entretenu par l’État.

Ces investissements, qui ont permis un échange fluide de messages et de biens, correspondent déjà pleinement aux idées de gestion modernes.

Les ruines de Machu Picchu sont aujourd’hui des témoins silencieux de la culture autrefois florissante des Incas. Une question laisse encore perplexe nos archéologues : pourquoi ces gens-là ont-ils construit une ville dans un lieu aussi isolé et exposé? Il y a comme cela des réalisations qui viennent d’un autre monde et qui continuent à nous interpeller jusqu’à aujourd’hui car n’ayant pas encore livrés tous leurs secrets.

Le moine italien L. Pacioli (1445-1517) a quant à lui, non seulement documenté l’état des connaissances mathématiques de l’Orient et de l’Occident (arithmétique, algèbre et géométrie) mais a également écrit des manuels pour des problèmes pratiques de mathématiques. 

Pacioli a non seulement décrit systématiquement la comptabilité en partie double, mais l’a également intégrée en tant qu’instrument dans le contexte de la gestion rationnelle. En fin de compte, il a créé l’idée moderne d’une entreprise à but lucratif, dans lequel la multiplication – qui dans l’Antiquité était un résultat accidentel, – pouvait être documentée et vérifiée empiriquement.

Parallèlement, Pacioli a jeté les bases de la comptabilité externe, qui a servi de base aux premiers règlements des sociétés anonymes visant à préserver le capital des actionnaires au milieu du XIXe siècle et donc à la montée en puissance du capitalisme de gestion.

La situation en France à la fin du 17eme siècle est comparable. À cette époque, des économistes compétents sous Louis XIV dirigeaient d’abord l’État sur la base des connaissances en sciences financières et le dotaient d’un budget central organisé en fonction des domaines. Lorsque l’Angleterre a remplacé la France en tant que superpuissance européenne, elle l’a encore fait sur la base des progrès de la connaissance.

L’État insulaire d’Europe occidentale était considéré comme un pionnier des innovations techniques pionnières. Parmi les inventions les plus importantes de cette époque, on pourrait citer, le premier rouet mécanique et la machine à vapeur de James Watt et les idées ingénieuses du baronnet sir Joseph Whitworth dont les machines-outils qu’il fabriqua ont été à la base de la révolution industrielle à venir.

Au cours des siècles suivants, de nouvelles œuvres de type manuel ont été créées. Elles résument les différents aspects des activités du commerçant, allant de la marchandise à la gestion des affaires en passant par la gestion financière. Jusqu’à la fin du 18eme siècle, un grand nombre de petits documents étaient créés dans le secteur privé et traitaient de l’activité pratique de la direction de sociétés commerciales.

La spécialisation fonctionnelle basée sur la division du travail a contribué  à une approche planifiée dans un contexte économique. Le principe fondamental consistant à obtenir des gains d’efficacité grâce à la division du travail et à la spécialisation a été varié et développé à différents moments par des pionniers influents.

Conclusion

L’importance de l’étude de l’histoire du management est identique à celle de l’étude de l’histoire tout court.

Pour beaucoup d’entre nous, le cours d’histoire ressemblait à un fouillis de noms et de dates rattachés à des événements depuis longtemps révolus et des gens morts depuis longtemps. Quel était l’intérêt de l’apprendre? Ils ne savaient pas alors que l’histoire était l’un des sujets les plus importants qu’ils n’aient jamais étudié.

L’étude de l’histoire nous aide à développer une meilleure compréhension du monde. Vous ne pouvez pas construire une référence dans votre propre vie sans comprendre comment les choses fonctionnent dans le monde. L’histoire nous dresse un tableau détaillé de la façon dont la société, la technologie et les États ont fonctionné il y a longtemps afin que nous puissions mieux comprendre comment cela fonctionne maintenant, comme elle nous aide également à apprendre de nos erreurs (et de nos succès) passés en tant que société et à déterminer comment aborder l’avenir.

Par ailleurs, l’histoire nous aide à comprendre les autres. L’histoire n’est pas seulement une introduction essentielle à notre propre pays, à notre héritage ethnique, culturel, social ou religieux, c’est aussi un outil précieux pour comprendre ceux qui sont différents de nous.

Si cet article vous a plu, veuillez le partager autour de vous.